Laponie espagnole

Il existe en Espagne un territoire grand comme deux fois la Belgique avec une densité de population équivalente à la Laponie ou les Highlands écossaises. On y compte seulement 7,34 habitant au km² : c’est la Laponie espagnole.

C’est ainsi que l’on nomme la « Serranía Celtibérica » qui s’étend sur un territoire réparti entre 10 provinces ( Teruel, Guadalajara, Cuenca, Saragosse,  Burgos, La Rioja, Segovia, Castellon et Valence) et qui représente 13 % de la superficie du pays.

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Le cœur ou la « zone 0 » de ce territoire est « los Montes Universales ». Il englobe des territoires de la Sierra de Albarracín turolense, la Serrania de Cuenca et l’ Alto Tajo de Guadalajara ce qui équivaut à la superficie de Majorque. Habituellement, il vit sur ces terres moins d’un habitant au km². Une zone avec moins de 10 habitants/ km² est considérée comme un désert démographique.

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Tout au long de notre route, nous pédalerons à travers les « Montes Universales » et les « Sierras de Gúdar y Javalambre » qui ont des densités de populations similaires.

Ces chiffres restent inférieurs à ceux des zones les moins peuplées de la Laponie finlandaise. Cependant, alors que là bas le nombre d’habitants est pratiquement stable, en Laponie espagnole, il s’effondre sans espoir d’année en année. Cela semble logique quand on sait qu’il y a deux fois moins de jeunes que chez nos amis du pays nordique et le double de personnes âgées de plus de 65 ans.

Afin de comprendre les raisons qui ont conduit ce territoire à une telle agonie, nous pouvons nous référer au terme « demothanasie ».

Demothanasie:
Processus qui autant par des actions politiques directes ou indirectes que par omission de celles ci,  provoque la disparition lente et silencieuse de la population d’un territoire qui émigre et laisse la zone sans relais générationnel avec tout ce que cela signifie, comme la disparition d’une culture millénaire. C’est une mort induite, non violente. 

(Pilar Burillo)

 

Ces données, ces expressions, cette agonie d’une terre donnent des frissons mais elles sont également un élan, un motif pour donner envie de la connaître. Détruite, isolée, froide, elle cache des lieux et des gens qui méritent d’être connus.

 

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Pour raconter cette situation, je me suis référé à l’étude magnifique « LA SERRANÍA CELTIBÉRICA: Un proyecto de Desarrollo para la denominada “Laponia del Mediterraneo » de Francisco Burillo, professeur de l’Université de Saragosse dont les résultats sont également exposés tout au long du livre intéressant Los Últimos, de Paco Cerdá. La lluvia amarilla, de Julio Llamazares est également un ouvrage essentiel sur cette thématique. Les deux reflètent à la perfection la dureté de cette terre où je suis né et dans laquelle j’ai la chance de vivre.

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